
Un morceau d'éléctro un peu bateau me ramène trois années en arrière. En 2006, au cœur de l'été Maltais. Des dizaines d'images se mélangent dans mon esprit, toute une part de ce que je suis. La chaleur écrasante, des nuits si claires, toute la force que me procuraient mes seize ans, toutes ces sensations qu'il m'était offert de découvrir. Toutes ces énergies que générait mon esprit fécond passaient par mon corps et allaient directement électrifier mes sens. Et puis, un génie. De ces génies qui tatouent les cœurs de générations entières. Le naturel absolument parfait de ses gestes, le mouvement du ballon, consubstantiel aux siens, les trajectoires de ses passes, déliées, graciles, presque sensuelles. L'impression de toute puissance, d'invulnérabilité qu'il dégageait. Il m'apparaissait alors qu'aucun élément extérieur ne pouvait arrêter le numéro 10 de l'équipe de France et que son histoire allait de pair avec cet été fantasque et insouciant qui était le mien. Il me semblait que plus rien ne gravitait autour de ce monde chaud, tendre et rassurant que je m'étais créé en si peu de temps. L'immensité de la pelouse, les autres protagonistes, passé, présent et futur étaient totalement éludés. Ce génie dominait les éléments, savait accélérer et ralentir à l'envie l'écoulement des secondes. Contempler cet être se mouvoir suffisait. Il ne restait plus que cette volupté, la plénitude, mille couleurs captivantes et décisives, le battement profond et envoûtant du monde, le sien et le mien.
(Je ne crois pas que regarder un résumé de France-Brésil 2006 ou France-Portugal 2006 en écoutant le morceau "World, Hold On" de Bob Sinclar puisse aider à comprendre tout ça, mais vous pouvez toujours essayer.)
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