mardi 14 juillet 2009

Stephen Street.

Je vais m'attarder un tant soit peu sur le génie d'un des producteurs les plus influents d'outre-manche. Il ne sera donc pas question de l'assassin présumé Phil Spector, génial bras droit des Ronettes, puis des Beatles et des Ramones. Ni même de ce gros Timbaland, producteur-tuning, qui brille par sa dernière collaboration avec notre Billy Crawford national : j'ai nommé Matt Pokora. Non, rien de tout ça. Je compte plutôt vous mettre sous le nez les mets des plus raffinés que Stephen Street, fantastique chercheur d'arômes sonores, nous a concocté tout au long de sa carrière.



Au commencement, un petit groupe de ska/pop dans lequel Stephen Street tenait la basse au côté du futur producteur de Massive Attack. Guidés par je ne sais quel instinct salvateur les deux hommes décident finalement de se tourner vers la production. Street se fait d'abord la main auprès de quelques groupe reggae et du chanteur de Duran Duran, le tout en tant qu'ingénieur du son. Puis, au coeur des eighties, l'opportunité lui est offerte d'occuper ce poste d'ingénieur sur le deuxième album du groupe de Rought Trade qui monte. The Smiths. La collaboration entre le gang du Moz et Stephen Street ne prendra fin qu'avec la dissolution du groupe. Il en découlera trois albums qui resteront surement dans les anales de ce que l'angleterre nous a offert de mieux, avec Ian Curtis, le personnage de Mercutio, et les années Cantona : "Meat is murder", "The queen is dead" puis "Strangeways, Here We Come". Dernier effort sur lequel Street est enfin crédité en tant que producteur et non plus ingénieur. Comprendre donc que le son profond et habité des Smiths vient en partie de cet homme.



Très vite après la séparation des Smiths, Morrissey rappelle Street dans l'idée de s'octroyer une fois de plus les services du jeune producteur (à peine trente ans à l'époque). Les deux hommes et Vini Reilly, guitariste de The Durutti Column (que je conseille vivement), commencent alors à bûcher sur le premier album solo du Moz. Cette fois Street, en plus de son travail de producteur, prend aussi part à la composition. L'album "Viva Hate" née de cette entente relative, Reilly et Street se tirant ensuite la bourre pour les droits. Reste que l'album est aujourd'hui l'un des plus crédibles du Moz en solo avec des titres comme "Everyday is like sunday" ou "Margaret on the guillotine".



Les années 90 pointent le bout de leur nez et en angleterre fleurissent un peu partout des groupes comme Pulp, Oasis ou Suede, que le New Musical Express aura vite fait d'étiquetter "Brit pop". Parmi ces groupes : Blur. Stephen Street entend leur single "She's so high" et décide de contacter le manager du band de Damon Albarn. L'affaire se fait vite et il est décidé que Street produira le deuxième album. L'alliance fonctionne mais c'est avec le troisième, "Parklife", que Stephen Street fait encore valoir ses dons de producteur. L'album demeure l'une des pierres angulaires de la musique anglaise de fin de siècle. S'en suit l'excellent éponyme "Blur" et ses tubes "Beetlebum" et "Song 2". A ce moment, Stephen Street a fini d'asseoir sa popularité puisqu'il a aussi trouvé le temps de travailler, en parallèle de Blur, aux premiers albums des Cranberries, sur lesquels figurent les hymnes "Zombie" et "Ode to my family".





La suite : encore quelques piges avec les Cranberries et après que Graham Coxon ait décidé de quitter Blur, c'est à Street qu'il fait appel pour l'aider à produire ses albums solo. Le producteur s'occupe aussi des albums des relous Kaiser Chiefs qui ne jurent que par Blur et des chouettes Ordinary Boys qui ne jurent de rien. En Bref, les années 2000 semblent assez calmes pour le quasi-mythique producteur. A priori aucun nom en devenir de la pop musique à épauler en vue.

Ce serait sans compter sur le destin qui veut qu'en 2007, Stephen Street trouve sur sa route les squelettiques Babyshambles et leur leader toxique, idole de toute une frange de notre génération, Pete Doherty. Qui d'autre pour remettre sur pied le jeune songwritter. Qui d'autre que Stephen Street, producteur des Smiths, le groupe chéri de l'ancien des Libs. La tâche est pourtant plus qu'ardue. En effet, il se trouve qu'en 2007 il ne reste plus grand chose de Doherty, et si les autres membres du groupe sont ravis de travailler avec Street et voient à travers lui l'occasion de sortir un bon album, après un premier support assez inégal, le chanteur semble avoir d'autres préoccupations. Mais l'abnégation de Street, convaincu du talent du garçon, finira par prendre le dessus sur les addictions de Doherty. Ce dernier se rappelle du producteur venant le chercher jusque dans les toilettes pour l'emmener faire ses prises de chant en cabine. Au final, les efforts consentis par les deux partis permettent la sortie de ce "Shotter's Nation", témoignage post-Libertines le probant du talent de Doherty.



Suite à cela, Street a apporté son savoir faire aux Courteeners, pâle ersatz des Smiths, a remixé le single "Small Town Girl" des Good Shoes et a une nouvelle fois aidé Doherty sur son album solo "Grace/Wastelands". Aux dernières nouvelles, les BB Brunes pensaient à lui pour leur deuxième album mais entendez le bien, le premier groupe français avec lequel Stephen Street travaillera sera à l'évidence AB. Et ouais.

lundi 6 juillet 2009

Malte, 1er Juillet 2006.


Un morceau d'éléctro un peu bateau me ramène trois années en arrière. En 2006, au cœur de l'été Maltais. Des dizaines d'images se mélangent dans mon esprit, toute une part de ce que je suis. La chaleur écrasante, des nuits si claires, toute la force que me procuraient mes seize ans, toutes ces sensations qu'il m'était offert de découvrir. Toutes ces énergies que générait mon esprit fécond passaient par mon corps et allaient directement électrifier mes sens. Et puis, un génie. De ces génies qui tatouent les cœurs de générations entières. Le naturel absolument parfait de ses gestes, le mouvement du ballon, consubstantiel aux siens, les trajectoires de ses passes, déliées, graciles, presque sensuelles. L'impression de toute puissance, d'invulnérabilité qu'il dégageait. Il m'apparaissait alors qu'aucun élément extérieur ne pouvait arrêter le numéro 10 de l'équipe de France et que son histoire allait de pair avec cet été fantasque et insouciant qui était le mien. Il me semblait que plus rien ne gravitait autour de ce monde chaud, tendre et rassurant que je m'étais créé en si peu de temps. L'immensité de la pelouse, les autres protagonistes, passé, présent et futur étaient totalement éludés. Ce génie dominait les éléments, savait accélérer et ralentir à l'envie l'écoulement des secondes. Contempler cet être se mouvoir suffisait. Il ne restait plus que cette volupté, la plénitude, mille couleurs captivantes et décisives, le battement profond et envoûtant du monde, le sien et le mien.

(Je ne crois pas que regarder un résumé de France-Brésil 2006 ou France-Portugal 2006 en écoutant le morceau "World, Hold On" de Bob Sinclar puisse aider à comprendre tout ça, mais vous pouvez toujours essayer.)